Au même moment, on entendit le bruit d'un tambour que le premier homme d'arme de l'escorte frappait avec un fouet pour écarter la foule et ouvrir un chemin à son maître.

—Viazemski vient chez moi! dit Morozof, qu'est-ce que cela veut dire? Peut-être ne fait-il que passer. Retourne à la porte et attends! S'il s'arrête ici, dis-lui que ma maison n'est pas un cabaret, que je ne connais aucun opritchnik et que je n'en reçois pas! Va.

Le serviteur parut indécis.

—Quoi encore? demanda Morozof.

—Boyard, je suis à tes ordres, mais je ne dirai pas cela à Viazemski.

—Va! s'écria Morozof en frappant du pied.

—Boyard! vint dire en courant le portier, le prince Viazemski avec des opritchniks s'arrête à notre porte! Il dit qu'il est envoyé vers toi par le Tzar.

—Par le Tzar? il t'a dit par le Tzar? Qu'on ouvre les portes à deux battants! Apportez sur un plat d'or le pain et le sel! Que tous les serviteurs aillent au devant de l'envoyé du Tzar!

Pendant ce temps, le bruit du tambour se rapprochait de plus en plus; vingt-cinq cavaliers, ayant à leur tête Viazemski, monté sur un magnifique cheval de bataille, entraient au pas dans la cour de Morozof. Le prince portait un caftan de satin blanc brodé de perles. Des bracelets également de perles arrêtaient autour du poignet les larges manches du caftan, négligemment serré autour de la taille par une ceinture de soie cramoisie, terminée aux extrémités par deux glands d'or. Des culottes de velours rouge descendaient dans des bottes de maroquin jaune armées aux talons d'éperons d'argent, dont les tiges étaient brodées de perles presque jusqu'à la cheville. Par dessus le caftan, un léger manteau de soie, de couleur dorée et sans manches, était arrêté sur la poitrine par une agrafe formée de deux diamants. La tête du prince était couverte d'une toque blanche galonnée, surmontée d'une aigrette de diamant qui se balançait à chaque mouvement reflétant les rayons du soleil. Les cheveux noirs de Viazemski, en s'échappant de sa coiffure, se mêlaient avec sa barbe courte et frisée. Une moustache légère produisait au-dessus de la lèvre supérieure plutôt une ombre foncée qu'un trait accusé. La taille du prince était élevée et vigoureuse, son air martial et gai.

Conformément à la coutume luxueuse de l'époque, des palefreniers à pied conduisaient derrière lui, par la bride, six chevaux de selle complétement harnachés; l'un était noir, l'autre isabelle, le troisième gris de fer et les autres d'une blancheur sans tache. Sur leurs têtes s'agitaient des panaches, leur dos était couvert de peaux bigarrées ou de selles galonnées ornées de pierreries; tous ces six chevaux faisaient résonner, en marchant, une multitude de tambourins et de grelots argentés et dorés, chacun d'un timbre différent et suspendus en longues grappes des deux côtés du frontal.