Au moment où Droujina apparut, Viazemski et tous les opritchniks mirent pied à terre.
Morozof, un plat d'or à la main, s'avança lentement vers eux et derrière lui, avec la même lenteur, ses amis et ses serviteurs.
—Prince, dit Morozof, tu m'es envoyé par le Tzar, je m'empresse de venir à ta rencontre avec le pain et le sel. Et le salut du boyard fut si profond que ses cheveux gris lui tombèrent sur les yeux.
—Boyard, répondit Viazemski, le Tzar m'a ordonné de t'apporter ses ordres: boyard Droujina, la colère du grand prince Ivan Vasiliévitch, souverain de toutes les Russies, est apaisée: il retire le ban impérial dont il avait frappé ta tête, il te pardonne toutes tes fautes; tu es, comme par le passé, dans la faveur tzarienne; tu peux reprendre du service et tous tes honneurs te sont rendus.
Ayant terminé son discours, Viazemski mit une main dans sa ceinture, de l'autre caressa sa barbe et, se redressant avec dignité, fixa sur Morozof son œil d'aigle en attendant une réponse.
Morozof s'était mis à genoux dès le commencement de la harangue. Ses serviteurs l'aidèrent à se relever. Il était pâle.
—Que grâce en soit rendue à la sainte Trinité ainsi qu'aux saints patrons de notre grand souverain! dit-il d'une voix tremblante: que le Dieu tout-puissant et miséricordieux prolonge indéfiniment les jours du Tzar! Je ne t'attendais pas, prince; mais tu m'es envoyé par le Tzar, entre dans ma maison. Entrez, seigneurs opritchniks, faites-moi cet honneur! Moi j'irai un moment dans la chapelle pour remercier Dieu, puis je viendrai m'asseoir avec vous au banquet de bienvenue.
Les opritchniks entrèrent.
Morozof appela un serviteur.
—Monte à cheval, cours chez le prince Sérébrany, porte-lui mes compliments et dis-lui que je l'invite aujourd'hui à un banquet; le Tzar m'a fait une grande faveur: il a retiré le ban dont il m'avait frappé.