Après quelques moments, Hélène, accompagnée de deux suivantes, apparut vêtue d'un riche sarafane; elle tenait à la main un plateau doré où se trouvait une seule coupe. Les convives se levèrent. L'échanson remplit la coupe. Hélène la porta à ses lèvres, puis elle alla la présenter successivement à chacun des convives auquel elle adressait en même temps un salut. A mesure que les hôtes vidaient la coupe, l'échanson la remplissait de nouveau.

Quand Hélène eut fait le tour de la table, Morozof qui la suivait du regard s'adressa aux convives.

—Chers hôtes, dit-il, maintenant, suivant la vieille coutume russe, si vous avez du respect pour ma maison, si mon hospitalité vous a satisfaits, je vous en prie, chers hôtes, que chacun de vous donne un baiser à ma femme! Hélène, mets-toi à la place d'honneur et que nos hôtes t'embrassent tour à tour!

Les convives remercièrent Morozof. Hélène, très-agitée, se tint debout à côté du poêle, les yeux baissés.

—Prince, à toi! dit Morozof à Viazemski.

—Non, non, suivons la coutume! s'écrièrent les convives, que le mari embrasse d'abord sa femme! faisons comme faisaient nos ancêtres!

—Suivons donc la coutume, dit Morozof, et, s'approchant de sa femme, il lui fit d'abord un profond salut. Quand ils s'embrassèrent, les lèvres d'Hélène brûlaient comme du feu; celles de Droujina étaient froides comme de la glace.

Après Morozof vint Viazemski.

Morozof se mit à observer.

Les yeux du prince brillaient comme des charbons, mais le visage d'Hélène resta impassible; en présence de son mari, en présence de Sérébrany, Viazemski ne l'effrayait pas.