—Ce n'est pas lui, pensa Morozof.
Viazemski, après avoir mis un genou à terre, donna un baiser à Hélène; mais, comme son baiser dura plus longtemps qu'il ne fallait, elle se retourna avec un visible dégoût.
—Non, ce n'est pas lui, répéta Morozof.
Après Viazemski vinrent tour à tour quelques autres opritchniks. Tous firent un salut profond et embrassèrent Hélène; mais Droujina ne put lire sur le visage de sa femme autre chose que l'ennui. Plusieurs fois, les longs cils d'Hélène se levèrent et son regard sembla chercher avec épouvante parmi les convives:
—Il est ici! se dit en lui-même Morozof.
Tout-à-coup la frayeur s'empara d'Hélène. Ses yeux se rencontrèrent avec ceux de son mari et, avec l'instinct particulier au cœur de la femme, elle devina ses pensées. Sous ce regard immobile et pénétrant, il lui parut impossible d'embrasser Sérébrany sans se trahir. Toutes les circonstances de sa rencontre à la palissade du jardin lors de l'arrivée de Nikita, se représentèrent vivement à sa mémoire. Sa position actuelle et le baiser qu'elle allait recevoir lui parurent une punition du ciel; un froid mortel parcourut tout son corps.
—Je ne suis pas bien, laisse-moi rentrer, Droujina, murmura-t-elle.
—Reste, Hélène, dit tranquillement Morozof; attends, tu ne peux t'en aller maintenant, c'est impossible, il faut terminer la cérémonie.
Et il lança à sa femme un regard qui la glaça.
—Mais je ne peux plus me soutenir, insista Hélène.