—Droujina, aie pitié de moi!
—Tu ne m'as jamais été fidèle! Quand nous fûmes unis, quand tu baisas la croix… tu songeais à un autre…
—Mon Dieu! mon Dieu! murmurait Hélène en couvrant son visage de ses mains.
—Hélène! Hélène! pourquoi ne m'as-tu pas dit la vérité?
Hélène pleurait et ne répondit pas.
—Quand je te vis dans l'église, orpheline sans appui, ce jour où ils voulaient te donner par force à Viazemski, je résolus de te sauver d'un mariage qui te faisait horreur, mais j'espérai que tu ne déshonorerais pas mes cheveux gris. Pourquoi as-tu juré? Pourquoi ne m'as-tu pas tout avoué? En paroles tu étais avec moi, le cœur et la pensée étaient avec un autre! Si j'avais connu ton sentiment, t'aurais-je épousée? Je t'aurais cachée quelque part dans un domaine loin de Moscou, ou je t'aurais conduite dans un monastère; mais je ne t'aurais pas épousée, Dieu le sait, je ne t'aurais pas épousée. Il valait mieux quitter le monde que de te marier en n'oubliant pas l'autre. Pourquoi n'as-tu pas quitté le monde? Pourquoi avoir cherché la protection de mon nom pour plus tard en abuser? Vous avez pensé: Morozof est faible, il nous sera facile de le tromper!
—Non, mon seigneur! dit Hélène en sanglotant et tombant à genoux. Je n'ai jamais pensé cela. Ni dans le cœur ni dans l'esprit cela ne fut jamais. Il était alors en Lithuanie…
Au mot il, les yeux de Morozof lancèrent des éclairs, mais il parvint à se contenir et sourit amèrement.
—C'est vrai. Vous n'étiez pas liés alors, c'est plus tard quand il est revenu, la nuit, dans le jardin, près de la palissade… Quand je venais de le recevoir et de l'embrasser comme un fils. Dis, Hélène, avez-vous donc pensé que je ne découvrirais pas vos projets, que je me laisserais mystifier, que je ne saurais pas vous punir? Ce jouvenceau a-t-il donc cru que son abominable action resterait impunie? Il n'a donc jamais lu la sainte Écriture?
Hélène regardait son mari avec effroi. Les regards de celui-ci indiquaient une froide détermination.