Hélène crut que Sérébrany venait d'être mis à mort par ordre de Morozof. La douleur lui rendit des forces.
—Boyard! s'écria-t-elle et son regard étincelait, tue-moi! tue-moi! moi seule suis coupable.
Mais Morozof ne faisait aucune attention à ses paroles. Il écoutait, la tête penchée, et son visage exprimait l'étonnement.
—Tue-moi! disait d'une voix désespérée Hélène. Je ne veux pas, je ne pourrai pas lui survivre! Tue-moi! je t'ai trahi! je me suis raillée de toi! tue-moi!
Morozof regarda Hélène, et si quelqu'un l'eût vu en cet instant, il eût eu peine à reconnaître dans son regard ce qui l'emportait en lui de l'indignation ou de la pitié.
—Droujina! cria d'en bas une voix. Trahison! perfidie! Les opritchniks veulent enlever ta femme! Veille, Droujina!
C'était la voix de Sérébrany. En l'entendant, Hélène s'élança dans un transport de joie vers la porte. Morozof repoussa sa femme, il tourna la clef et poussa les verrous.
Des pas rapides retentirent sur l'escalier, ensuite le bruit des sabres, puis des malédictions, une lutte, un grand cri et la chute d'un corps.
La porte craqua sous les coups.
—Boyard! cria Viazemski, ouvre sinon je mets ta maison en morceaux.