—Je ne te crois pas, prince! répondit avec dignité Morozof. Jamais on n'a vu en Russie l'hôte déshonorer celui qui l'a reçu, violer sa chambre nuptiale pour lui enlever sa femme. Mon hydromel est capiteux, il t'aura tourné la tête; prince, va dormir, demain tout sera oublié. Moi seul n'oublierai pas que tu es mon hôte.

—Ouvre! répéta le prince en poussant vivement la porte.

—Viazemski! rappelle-toi qui tu es! souviens-toi! tu n'es pas un brigand, mais un prince et un boyard.

—Je suis un opritchnik! entends-tu, boyard-opritchnik! Je n'ai plus d'honneur! je ne crains pas la honte; je mettrai Moscou en feu, mais j'aurai Hélène!

Soudain la chambre s'éclaira vivement. Morozof vit par la fenêtre que le toit de l'habitation de ses gens était en feu. Au même moment la porte, assaillie de nouveaux coups, vola en éclats. Viazemski apparut sur le seuil éclairé par l'incendie, un tronçon de sabre à la main. Son vêtement de satin blanc était déchiré et couvert de sang. On voyait que ce n'était pas sans un rude combat qu'il était arrivé jusqu'à l'appartement de la boyarine.

Morozof tira sur Viazemski presque à bout portant, mais sa main le trahit: la balle alla s'enfoncer dans le chambranle de la porte; le prince s'élança sur Morozof.

La lutte ne fut pas de longue durée. Un violent coup de la poignée du sabre fit tomber Morozof à la renverse. Viazemski s'élança vers la boyarine mais ses mains sanglantes ne l'avaient pas encore touchée qu'elle poussa un grand cri et perdit connaissance. Le prince la saisit par la main et la traîna vers l'escalier dont ses longs cheveux balayèrent les marches.

Des chevaux attendaient à la porte. Sautant en selle, le prince partit au galop avec la boyarine demi-morte. Ses serviteurs volèrent à sa suite.

L'épouvante était dans la maison de Morozof. Tous les communs étaient en feu. Les serviteurs écrasés par les assaillants, poussaient des cris de désespoir. Les femmes de la boyarine couraient çà et là en gémissant. Les camarades de Khomiak dévalisaient la maison, accouraient à la porte et amassaient en tas de riches ornements, de l'argent et des habits précieux. Dans la cour, présidant au pillage et dominant de sa voix les cris et le bruit de l'incendie, se tenait Khomiak en caftan rouge.

—Vivat! disait-il en se frottant les mains, en voilà un banquet, quelle fête!