Bientôt les gens de Viazemski apparurent dans la clairière. Deux des serviteurs allaient à pied et portaient sur des branches entrelacées le prince évanoui. Ils s'arrêtèrent près du moulin.

—Nous sommes arrivés? demanda le chef des cavaliers.

—C'est ici que le cheval est venu. J'ai suivi ses traces, et le magicien habite ce moulin, ajouta un des serviteurs. Il faut l'appeler pour qu'il examine la blessure du prince.

—Déposez Son Excellence à terre et faites attention! Le sang ne s'arrête pas?

—Non, répondirent les serviteurs; trois fois, pendant la route, le prince a ouvert les yeux et aussitôt il a reperdu connaissance. Si le meunier ne parvient pas à arrêter le sang, le prince ne s'en relèvera pas, il mourra d'épuisement.

—Où est-il, ce sorcier maudit? Amenez-le vite.

Des opritchniks se mirent à frapper à la porte du moulin et de la grange. Pendant longtemps leurs coups et leurs cris restèrent sans réponse. Enfin, on entendit dans la grange une toux violente et la tête du meunier apparut par un trou pratiqué dans la porte.

—Qui le Seigneur peut-il nous envoyer à une pareille heure? dit le vieillard en toussant avec une telle force qu'il paraissait vouloir rendre l'âme.

—Ouvre, sorcier, ouvre vite, viens arrêter le sang! Le boyard prince Viazemski est blessé d'un coup de sabre.

—Quel boyard? demanda le vieillard en feignant la surdité.