—Nous en connaissons de toutes sortes, seigneur Tzar. Je puis te conter celui d'Ercha Erchovitch, des sept Siméons, du serpent de Gorinitz, des tympanons qui jouent tout seuls, de Dobrinia Nikitich, d'Akoundin…

—Mais, interrompit Ivan, es-tu seul à conter des contes? et le vieux, pourquoi est-il venu avec toi?

Persten s'aperçut que Korchoun n'avait pas en effet desserré les dents; pour faire cesser ce mutisme, peu d'accord avec le rôle de conteur, il changea de ton et se mit à dire, sur celui de la plaisanterie, en marchant à la dérobée sur son pied:

—Le vieux, mon camarade, Émilien Giadok, a bien la barbe longue, mais l'esprit court. Quand je raconte une histoire gaillarde, il me donne bien la réplique mais sans que cela paraisse. N'est-ce pas, barbe blanche, plumes de canard et pieds de poule? ne faisons pas fausse route.

—C'est connu, répliqua Korchoun, reprenant ses sens; notre coupe est pleine jusqu'au bord, il y a de quoi boire jusqu'au lendemain. Gosier de coq, œil de taupe; une fois en route, nous irons loin.

—Aï Scouli Tararath! les chèvres dansent sur les montagnes, entonna Persten en se dandinant, les chèvres dansent, les mouches volent et l'oreille gauche de la grand-mère Euphrosine bourdonne…

—Aï Sioulichenki Scouli! reprit Korchoun en piétinant également, l'écrevisse est à sec sur le sable, mais elle ne s'en inquiète pas; quand l'eau remontera, le malheur cessera.

—Ah! seigneur Tzar, conclut Persten en saluant bien bas, ne nous regardez pas de travers; ce n'est pas notre conte, mais seulement son prélude.

—C'est bien, dit Ivan en bâillant, j'aime les joyeux propos; commencez votre conte sur Dobrinia; peut-être m'endormirai-je en vous écoutant.

Persten salua encore, toussa et commença: