—Oui, dit Maxime, et il éclata en sanglots.

L'igoumène ne répondit pas. Il se tenait tristement devant Maxime. Les figures des saints les regardaient immobiles. Les damnés du jugement dernier élevaient plaintivement leurs mains vers le ciel, mais tout faisait silence. Ce silence n'était rompu que par les sanglots étouffés de Maxime, le gazouillement des hirondelles sous les voûtes et les invocations que faisait à demi-voix l'igoumène.

—Mon fils, dit-il enfin, raconte-moi tout par ordre, ne me cèle rien: Comment en es-tu arrivé à haïr ton souverain?

Maxime lui raconta son existence dans la Sloboda, son dernier entretien avec son père et sa fuite nocturne. Il parla lentement, s'arrêta souvent pour mieux réunir ses souvenirs, pour ne rien oublier ni rien cacher à son père spirituel. Après avoir terminé son récit, il baissa les yeux et n'osa pas longtemps les lever sur l'igoumène; il attendait son arrêt.

—M'as-tu tout révélé? dit ce dernier, n'y a-t-il pas encore quelque chose qui pèse sur ton âme? n'as-tu pas comploté contre le Tzar? n'as-tu pas conspiré contre la sainte Russie?

Les yeux de Maxime étincelèrent.

—Mon père, je me ferai plutôt trancher la tête que de lui laisser nourrir quoi que ce soit contre ma patrie! Je suis coupable de ne pas aimer le Tzar, mais je ne suis coupable d'aucune trahison!

L'igoumène le couvrit de son étole.

—Que le serviteur de Dieu, Maxime, soit purifié! dit-il. Que ses péchés volontaires et involontaires lui soient remis!

Une douce joie inonda l'âme de Maxime.