—Écoute, Trifon, rends-moi un léger service. Lorsque tu seras rentré à la Sloboda, ne confie à personne que tu m'as rencontré; mais, après avoir laissé passer trois jours, va chez ma mère et dis-lui à elle seule, de sorte que personne ne l'entende: «ton fils, grâce à Dieu, se porte bien et te salue.»

—Pas davantage, Maxime Gregoritch?

—Ce n'est pas tout, écoute-moi bien, Trifon! J'entreprends une longue route; peut-être ne reviendrai-je pas d'ici à longtemps. Si cela t'est possible, va de temps en temps chez ma mère et chaque fois dis-lui: «j'ai entendu dire à des gens que ton fils, avec le secours de Dieu, se porte bien; ne t'en tourmente donc pas.» Et si ma mère te demande quels sont les gens qui t'en ont parlé, dis-lui: «je l'ai entendu des gens de Moscou auxquels d'autres gens l'avaient dit» et sur ces derniers ne t'explique pas afin qu'on n'envoie pas des émissaires à ma découverte et que ma mère sache seulement que je me porte bien.

—Il est donc vrai, Maxime Gregoritch, que tu ne rentreras pas à la Sloboda?

—Dieu seul le sait; quant à toi, ne dis à âme qui vive que tu m'as rencontré.

—Compte sur moi, Maxime Gregoritch, je ne le dirai à personne. Seulement, comme tu entreprends une longue route, je ne prendrai pas ton argent. Dieu m'en châtierait.

—Qu'ai-je besoin d'argent? nous ne sommes pas en pays tatar.

—C'est possible, Maxime Gregoritch, mais je ne puis le prendre. Il n'y aurait pas d'inconvénient si tu rentrais à la maison; mais comme tu es en route, j'aurais l'air de t'avoir dévalisé. Tu as beau dire, quand même tu m'égorgerais, je ne prendrai rien.

Maxime haussa les épaules et retira quelques pièces d'or de la casquette de Trifon.

—Si tu ne les prends pas, dit-il, un autre sera moins scrupuleux; pour moi, je n'en ai pas besoin.