—Ne priez pas pour moi, mais pour Maliouta Skouratof. Et dites-moi, suis-je loin de la route de Rézan?
—Mais tu y es, mon faucon. Nous sommes à un embranchement: tout droit c'est la route de Mourom, à gauche celle de Vladimir et à droite celle de Rézan. Mais ne la prends pas maintenant, cher père; le moment n'est pas propice; il s'y commet beaucoup de crimes. Hier on a pillé tout un convoi d'eau-de-vie. Et on dit que les Tatars ont de nouveau apparu. Passez la nuit chez nous, un malheur arrive bien vite.
Mais il répugnait à Maxime de rester sous un toit où l'on venait de maudire son père. Il se remit à la recherche d'un autre abri.
—Petit père, lui criaient les hôtes, reviens, crois à nos paroles, ne t'aventure pas la nuit par un tel chemin!
Maxime ne se rendit pas à ces instances et alla plus loin. A peine avait-il fait quelques verstes que Bouian se précipita tout à coup sur un épais buisson et se mit à aboyer avec fureur et obstination, comme s'il y sentait un ennemi caché. Vainement Maxime le siffla; Bouian se jetait sur le buisson, en revenait le poil hérissé et se précipitait de nouveau vers le même endroit. Las d'appeler son chien, Maxime tira son sabre et se dirigea droit sur le buisson. Plusieurs hommes, des bâtons en main, s'élancèrent à sa rencontre, et une voix brutale cria:—A bas de cheval!
—Voilà pour toi! répondit Maxime en appliquant un coup à celui qui était plus près de lui.
Le brigand chancela.
—Ce n'est qu'un à-compte, continua Maxime, et il voulait lui asséner un second coup, mais le sabre rencontra le bâton d'un autre brigand et vola en éclats.
—Eh! quel harnachement! c'est un opritchnik, prenons-le vivant, cria la voix rauque.
—En vérité! c'est un opritchnik, grommela le second, nous allons nous en divertir avec les camarades.