Un bandit colossal s'approcha de Sérébrany, une coupe à la main.
—Petit père, lui dit-il, en appliquant sur l'épaule sa large main, tu as hasardé ta tête, tu es devenu un des nôtres; ainsi, buvons ensemble et embrassons-nous!
Dieu sait ce qu'allait faire Sérébrany. Peut-être allait-il faire sauter la coupe des mains de l'insolent et aurait-il été ensuite mis en lambeaux par cette troupe d'ivrognes, lorsque heureusement de nouveaux cris attirèrent son attention.
Voyez, voyez, criait-on, on a attrapé un opritchnik, on amène un opritchnik!
Quelques hommes en habits déchirés et armés de bâtons débouchaient du bois. Ils conduisaient Maxime les mains liées. Le brigand que Maxime avait sabré était monté sur son cheval. En avant marchait Khlopko sifflant et sautillant; Bouian fermait tristement le cortége.
Khlopko se dandinait, battait des mains, tournait comme une toupie. A cette vue, le rougeot n'y put tenir; il saisit sa balalaïka et se joignit à son camarade. Tous deux se mirent à lancer des enjambées et à se tordre autour de Maxime.
—Vois-tu les démons, dit Persten à Sérébrany, ils ne tueront pas simplement l'opritchnik, ils le feront mourir à petit feu; je les connais tous deux; une fois lancés, c'est mauvais signe, on ne pourra plus retirer le prisonnier de leurs griffes.
En effet, la capture de l'opritchnik était un vrai régal pour la bande entière des brigands. Ils s'apprêtèrent à se venger sur lui de tout ce qu'ils avaient eu à endurer de ses camarades. Quelques hommes à figures féroces firent immédiatement les apprêts du supplice. Ils fichèrent quatre pieux dans le sol, y attachèrent des traverses et firent rougir des clous au feu.
Maxime envisageait tout cela d'un œil calme. Il ne lui paraissait pas effrayant de mourir dans des tortures, mais il lui paraissait triste de mourir désarmé, les mains liées, d'entendre à sa dernière heure, au lieu du cri de guerre et du hennissement du cheval, le cri sauvage et le rire aviné de ses bourreaux. «Le destin m'a trompé, pensait-il, ce n'est pas là la fin que j'espérais! Que la volonté de Dieu s'accomplisse sur moi!»
Il remarqua alors Sérébrany, il le reconnut et voulut s'approcher de lui, mais le chanteur aux cheveux rouges le saisit au collet.—Le lit est fait, dit-il, ôte ton caftan et couche-toi.