—Tu en as donc attrapé? ajouta un second.

—Il y en a un qui est attrapé, mais ce n'est pas nous, répondit Fedka, en s'asseyant auprès du feu. Oui, mes petits enfants, j'avais sur la conscience beaucoup de péchés, mais aujourd'hui, il me semble qu'elle est allégée de moitié.

—Comment cela?

Fedka se tourna vers ses hommes:—Amenez, dit-il, le prisonnier.

On amena près du bûcher un homme lié, en caftan bariolé. Son énorme tête était couverte d'un bonnet pointu à bords relevés. Un nez aplati, des pommettes saillantes, des yeux étroits témoignaient de son origine étrangère. Un camarade de Fedka apporta la lance, le carquois et l'arc saisis sur le prisonnier.

—Mais c'est un Tatar, s'écria la foule.

—Un Tatar, confirma Fedka, et des meilleurs. C'est à grand peine que nous en vînmes à bout. Quel gaillard! sans Mitka, il nous échappait.

—Raconte-nous cela, hurlèrent les brigands.

—Voici, frère: dès l'aube nous battions la route de Rézan, nous arrêtâmes un marchand, nous étions en train de le tâter lorsqu'il nous dit comme cela: «Vous n'avez pas de besogne avec moi; je viens de Rézan, les Tatars sont maîtres de la route; ils m'ont dépouillé au point que je ne sais plus avec quoi atteindre Moscou.»

—Vois-tu, les scélérats! fit une voix de la foule.