—Que fîtes-vous donc du marchand? demanda un autre.
—Nous lui avons donné une grivna pour la route et nous l'avons relâché, répondit Fedka. Un paysan nous tomba alors dans les mains; il raconta que, la veille, les Tatars avaient brûlé son village. Bientôt nous vîmes un de leurs troupeaux de chevaux; il y en avait un millier au moins. A chaque moment, nous rencontrions des paysans avec femmes et enfants; ils déclaraient en pleurant que les Tatars avaient incendié leur village, avaient pillé l'église, brisé les saintes images, avaient fait des chabraques avec les ornements sacrés…
—Ah! les damnés, s'écrièrent les brigands. Comment la terre les supporte-t-elle?
—Ils ont attaché un pope à la queue d'un cheval…
—Un pope? et la foudre n'est pas tombée sur ces fils de chiens!
—C'est l'affaire de Dieu.
—Il n'y a donc plus de bras en Russie pour en finir avec ces Tatars?
—C'est précisément là ce qui manque: les régiments sont licenciés, il ne reste plus que des vieillards et des femmes; ces païens peuvent piller à l'aise n'ayant personne avec qui compter.
—Ah! s'il m'en tombait sous la main!
—Et moi donc!