—Mais comment avez-vous fait ce prisonnier?
—Voilà comment. Nous entendîmes tout à coup le pas d'un cheval. Je dis à mes hommes: «Enterrons-nous dans les broussailles, voyons qui vient.» Nous nous y blottissons, nous regardons: nous voyons galoper une trentaine d'individus avec des bonnets comme celui-ci, armés de lances et de flèches. «Frères, dis-je, ce sont eux, les petits cœurs. Quel dommage que nous soyons si peu nombreux, sans cela on aurait bien pu les égorger.» Tout à coup l'un d'eux laisse tomber un sac; il descend pour le ramasser et pendant ce temps ses camarades prennent le devant. Je dis aux enfants: «Pourquoi ne tombons-nous pas sur lui? Allons, tous ensemble!» Nous nous précipitâmes sur le Tatar; mais le gredin, d'un coup d'épaule, nous flanque tous à terre. Nous nous rejetons de nouveau sur lui et de nouveau il nous rejette à dix pas. Mitka dit alors: «Mettez-vous de côté et ne me gênez pas.» Nous lui fîmes de la place; il arracha au Tatar sa lance, le saisit au collet et lui fit mordre la terre. Nous lui fourrâmes alors un gant dans la gueule et le ficelâmes comme un mouton.
—Bravo! Mitka, dirent les brigands.
—Oui, il est capable d'abattre un taureau, fit observer Fedka.
—Dis-moi, Mitka, peux-tu abattre un taureau?
—Et pourquoi? répondit Mitka, et il se mit à l'écart, ne désirant pas poursuivre la conversation.
—Qu'est-ce que le Tatar avait dans son sac? demanda Khlopko.
—Voilà, voyez vous-même.
Fedka dénoua le sac: il en tira un lambeau de soutane, un riche ciboire, trois images et une croix en or.
—Ah! le chien! s'écria la foule, il a pillé une église!