Sérébrany profita de l'indignation de sa troupe.

—Enfants, dit-il, vous voyez comment ces maudits Tatars outragent la foi chrétienne! Vous voyez comme ces païens veulent anéantir la sainte Russie! qu'est-ce à dire? Sommes-nous aussi déjà des païens? Leur permettrons-nous de souiller les saintes images, de brûler nos villages et d'égorger nos frères?

Un sourd murmure parcourut la foule.

—Enfants, continua Nikita Romanovitch, qui de nous n'a pas offensé Dieu? Rachetons maintenant nos fautes, gagnons notre pardon, frappons tous tant que nous sommes les ennemis de l'Église et de la Russie!

Ces paroles émurent profondément la foule; elles rallumèrent dans tous les cœurs l'amour de la patrie. Les vieux firent un signe de tête approbatif, les jeunes se regardèrent l'un l'autre; des exclamations dominèrent la discussion générale.

—En effet, dit l'un, il est impossible que nous laissions souiller davantage les maisons de Dieu.

—Cela ne convient pas, répéta un second.

—On ne meurt pas deux fois, ajouta un troisième, mais il faut bien mourir une fois; il vaut mieux tomber sur le champ de bataille que d'être suspendu à une potence.

—C'est vrai, fit un vieux bandit, dans la bataille la mort même est belle.

—Eh bien! dit un jeune écervelé en s'avançant, je ne sais ce que feront les autres, mais quant à moi je marche contre les Tatars.