Tous deux répétèrent le signe de croix, échangèrent leurs croix et s'embrassèrent. Maxime rayonnait de joie.

—Maintenant, dit-il gaiement, tu es mon frère, Nikita Romanovitch. Quoiqu'il advienne, je ne te quitte plus; ton ami sera mon ami, ton ennemi sera mon ennemi; j'aimerai de ton amour, je haïrai de ta haine, je penserai de ta pensée. Il m'est plus doux à présent de mourir, moins dur de vivre: je puis vivre avec quelqu'un et mourir pour quelqu'un.

—Maxime, dit Sérébrany profondément ému, Dieu le voit, c'est du fond de l'âme que je te prends pour mon frère, je ne veux plus me séparer de toi jusqu'à la fin de mes jours.

—Merci, merci, Nikita Romanovitch, il ne nous convient plus de nous séparer. Si Dieu nous permet de rester vivants, nous réfléchirons, nous chercherons ensemble ce que nous pourrons faire pour la Russie. Il est impossible que tout soit perdu en Russie, qu'on ne puisse autrement servir le Tzar qu'avec les opritchniks.

Maxime parlait avec une chaleur extraordinaire; soudain il s'arrêta et prit Sérébrany par la main.

Un cri perçant retentit au loin. L'air en frissonna, la terre en trembla; des cris confus, un hurlement indéfinissable arrivèrent du camp tatar; quelques chevaux, la crinière hérissée, vinrent effleurer Sérébrany et Maxime.

—Il est temps, dit Sérébrany en montant en selle et en tirant son sabre; enfants, obéissez-moi strictement, ne vous groupez pas et ne vous divisez pas, que chacun garde sa place. Suivez-moi à la grâce de Dieu!

Les brigands surgirent du sol. Il est temps, entendait-on de tous les rangs, obéissons au prince.

Et toute la troupe se mit en mouvement vers le tertre qui cachait les feux ennemis.

Alors un nouveau et inattendu spectacle éblouit leurs yeux. A droite du camp l'incendie qui s'étendait déjà comme un long serpent, s'approchait de plus en plus.