—Bravo! Persten, s'écrièrent les brigands, vivent nos amis! ils ont mis le feu au steppe dans la direction du vent, droit sur les païens.

L'incendie progressait avec une rapidité incroyable. Le steppe entier se transforma en une mer de feu dont les vagues envahirent bientôt les kibitkas des Tatars et illuminèrent le camp, pareil à une fourmilière en désarroi. En se sauvant, les Tatars accouraient en désordre à la rencontre des brigands.

—En avant! enfants, commanda Sérébrany, noyez-les dans la rivière, faites-les rentrer dans la fournaise.

Un cri unanime répondit au prince; les brigands se précipitèrent sur les Tatars et le massacre commença…

Lorsque le soleil se leva, la lutte continuait encore, mais le sol était déjà jonché de cadavres tatars. Pressés d'un côté par l'incendie, de l'autre par la troupe de Sérébrany, les Tatars perdirent la tête, se jetèrent dans les abords marécageux de la rivière et s'y noyèrent en grand nombre. D'autres périrent dans le feu ou furent étouffés par la fumée. Les chevaux, effrayés dès le début de l'attaque, s'étaient élancés dans le camp, avaient brisé les chariots et produit une telle panique que les Tatars s'entr'égorgeaient croyant repousser l'ennemi. Un groupe parvint à franchir les flammes et se dispersa dans le steppe; un autre, rallié à grand peine par le murza Chikhmat, traversa la rivière et campa sur l'autre rive. De là un millier de flèches furent dirigées sur les Russes victorieux. Ceux-ci, n'ayant que des armes blanches, furent obligés de reculer. En vain Sérébrany usa de prières et de menaces pour les retenir. Quelques détachements de Tatars, protégés par les flèches des leurs, commençaient à repasser la rivière et menaçaient les flancs de Sérébrany, lorsque Persten apparut à côté de lui. Son sombre visage était en feu, sa chemise en lambeaux, son couteau ensanglanté.

—Tenez ferme, amis, criait-il aux brigands, êtes-vous devenus aveugles par hasard? Ne voyez vous pas qu'on accourt à votre aide?

En effet, de l'autre côté de la rivière s'avançait une troupe armée; des lances et des hallebardes brillaient au soleil levant.

—Ce sont encore des Tatars, dit une voix.

—Tatar toi-même, grommela Persten! Est-ce qu'une horde marche ainsi? Les Tatars sont-ils jamais à pied? Et ne vois-tu pas celui qui est à leur tête sur un cheval gris? A-t-il un costume tatar?

—Ce sont des orthodoxes, s'écria-t-on de toutes parts, tenons ferme, frères, les orthodoxes viennent à notre aide!