—Vois-tu, fit remarquer Persten au prince, ces chiens ne tirent plus autant, cela signifie qu'ils se sont aperçus de la tournure que prenait l'affaire. Lorsque cette troupe les aura atteints, je t'indiquerai un point par lequel nous pourrons les surprendre par le flanc.
La nouvelle troupe s'avançait; déjà on pouvait distinguer ses armes et son costume, presqu'aussi bigarré que celui des brigands. Elle était armée de faux et de pieux. Elle semblait se composer de paysans armés à la hâte; les premiers rangs seulement avaient une apparence militaire et uniforme. On n'y comptait que cent cavaliers. Leur chef était un beau jeune homme. De longues boucles blondes s'échappaient de son casque. Il maniait adroitement son coursier d'un gris argenté, qui se dressait, caracolait et hennissait à l'approche de l'ennemi.
Une nuée de flèches accueillit le chef et sa troupe.
Nikita avait traversé le gué, il avait entamé le flanc des Tatars tandis que les nouveaux assaillants les abordaient du côté opposé.
Il y avait déjà une heure que cela chauffait. Sérébrany alla pour un moment faire boire son cheval à la rivière et resserra les sangles de sa selle. Maxime l'aperçut et le rejoignit.
—Nikita Romanovitch, lui dit-il gaiement, il paraît que Dieu protége la sainte Russie. Tu verras que nous aurons le dessus!
—Oui, répondit Sérébrany, grâce au boyard qui est venu à notre aide. Vois, comme il sabre à droite et à gauche! Qui peut-il être? il me semble l'avoir rencontré quelque part.
—Comment, Nikita Romanovitch, tu ne l'as pas reconnu?
—Et toi tu le connais donc?
—Comment veux-tu que je ne le connaisse pas? Bien des péchés lui seront remis pour ce qu'il fait aujourd'hui. Mais tu le connais bien aussi, Nikita Romanovitch, c'est Fedka Basmanof.