—Je t'ai dit, Nikita Romanovitch, que Dieu était pour nous, vois comme ils s'éparpillent, mais ma vue s'obscurcit. Ah! je n'aurais pas voulu encore mourir…
Le sang jaillit de sa bouche.
—Mon Dieu, reçois mon âme! murmura Maxime et il tomba inanimé.
CHAPITRE XXVII
BASMANOF.
Les gens de Basmanof et les brigands entourèrent Sérébrany.
Les Tatars étaient battus à plate couture; un grand nombre se constitua prisonnier, d'autres s'enfuirent. On creusa une tombe pour Maxime et on l'y descendit avec honneur. Pendant ce temps, Basmanof avait ordonné de dresser sur le bord de la rivière sa tente persane, et son échanson, qui cumulait cette charge avec celle d'officier dans la petite armée, prévint Sérébrany que le boyard le saluait et le priait de ne pas mépriser un dîner de campagne.
Étendu sur des coussins de soie, déjà peigné et parfumé, Basmanof se mirait dans un miroir que tenait devant lui un écuyer agenouillé. Basmanof présentait un étrange mélange de ruse, de dépravation, de mollesse, d'insouciante témérité et, à travers cela, on distinguait la malveillance que tout opritchnik professait pour le monde entier. Présumant que Sérébrany devait le mépriser, il méditait, tout en exerçant les devoirs de l'hospitalité, le moyen de répondre à ce mépris. Ainsi, lorsque Sérébrany entra, Basmanof l'accueillit avec une inflexion de tête mais sans bouger.
—Tu es blessé, Féodor Alexiévitch? lui demanda ingénuement Sérébrany.
—Non, je ne suis pas blessé, répondit Basmanof qui prit ces paroles pour une ironie et résolut aussitôt d'y répliquer par une impertinence, je suis seulement un peu las et on dirait que j'ai attrapé un coup de soleil. Qu'en penses-tu, prince, ajouta-t-il en se mirant et en rattachant ses boucles d'oreilles en perles, ce hâle passera-t-il bientôt?
Sérébrany ne savait que répondre.