Sérébrany sourit.
—Trouvera-t-il jamais, continua Basmanof avec un accent cynique, un serviteur plus beau que moi? Dis, as-tu vu de plus beaux sourcils que les miens? n'est-ce pas du castor? Et mes cheveux! palpe-les, prince, c'est de la vraie soie.
Le dégoût se peignit sur le visage de Sérébrany. Basmanof continua comme s'il tenait à agacer son hôte.
—Et mes mains! vois, en quoi sont-elles moins délicates que celles d'une jeune fille? je les ai un peu gâtées aujourd'hui, mais telle est mon habitude, je ne sais me modérer en rien.
—En effet, tu ne sais guère te modérer, dit Sérébrany ne pouvant plus contenir son indignation, si tout ce que l'on dit sur toi est vrai…
—Et que dit-on? interrompit Basmanof en clignant de l'œil.
—Ce que tu en dis toi-même est déjà suffisant; on dit, par exemple, que tu danses devant le Tzar en habits de femme.
Le rouge monta à la figure de Basmanof, mais il recourut à son cynisme habituel.
—Et si, en effet, c'était vrai? dit-il en prenant un air insouciant.
—Dans ce cas, adieu, dit Sérébrany, j'aurais honte non-seulement de dîner avec toi, mais de te regarder.