—Ah! s'écria Basmanof, et sa feinte insouciance disparut, et ses yeux étincelèrent et il oublia de grasseyer, ah! tu l'as dit enfin! Je sais ce que vous pensez tous de moi, mais je me moque de vous tous tant que vous êtes.

Sérébrany fronça les sourcils, sa main se porta instinctivement à la poignée de son sabre, mais il se souvint avec qui il avait affaire et se borna à lever les épaules.

—Qu'as-tu à saisir ton sabre? continua Basmanof. Tu ne m'effraieras pas avec cela. Si je prends aussi mon sabre, il n'est pas dit qui aura le dessus.

—Adieu, dit Sérébrany, et il leva le rideau de la tente pour sortir.

—Écoute, s'écria Basmanof, en le retenant par son caftan, si un autre que toi m'avait ainsi regardé, je te jure que je ne le lui aurais pas permis, mais avec toi je ne veux pas me disputer; tu sabres trop bien les Tatars.

—Mais toi aussi, dit Sérébrany avec bonté en s'arrêtant et en se souvenant comme Basmanof venait de se battre, tu ne les sabres pas mal également. Pourquoi fais-tu des grimaces comme si tu étais une femme?

La figure de Basmanof reprit son insouciance.

—Ne te fâche pas, prince. Je n'ai pas toujours été ainsi; à la Sloboda, tu le sais, on apprend bon gré mal gré bien des choses.

—C'est un péché, Féodor Alexiévitch. Lorsque tu es à cheval, le sabre au poing, le cœur en est tout réjoui. Il y avait plaisir à voir ta bravoure de ce matin. Renonce à tes coutumes efféminées, coupe tes cheveux comme Dieu le veut. Va faire pénitence à Kief ou à Solovetz et rentre en chrétien à Moscou.

—Eh bien! ne te fâche pas, Nikita Romanovitch. Asseois-toi là et dînons ensemble; je ne suis pas un chien, il y en a de pires que moi, tout ce qu'on raconte sur moi n'est pas vrai: il ne faut pas croire à tout bruit. Moi-même je me fais par dépit plus mauvais que je ne le suis.