—Ainsi tu ne veux pas partager ensemble la faveur du Tzar?
—Non, répondit Sérébrany.
—Oh! pauvre orphelin que je suis, se mit à geindre Basmanof, comme s'il allait fondre en larmes. Depuis que le Tzar ne m'aime plus, c'est à qui m'insultera. Personne ne me caresse, tout le monde me méprise. O! la triste existence! un chien est moins malheureux. J'attacherai ma ceinture à une traverse, je passerai ma tête dans le nœud coulant.
Sérébrany considérait avec étonnement Basmanof qui continuait à gémir et à se tordre comme une vieille femme à un enterrement, mais par moment il regardait à la dérobée le prince pour surprendre ses impressions.
—Ouf! dit enfin Sérébrany, et il voulut sortir, mais Basmanof l'arrêta encore par le pan de son habit.
—Hé, cria-t-il, les chanteurs!
Plusieurs hommes entrèrent qui n'attendaient apparemment qu'un signe et barrèrent le passage à Sérébrany.
—Frères, leur dit Basmanof avec sa voix dolente, chantez-nous une chanson, mais une chanson si mélancolique que l'âme en soit brisée et se sépare du corps.
Les chanteurs entonnèrent une complainte lugubre, semblable à celles avec lesquelles on accompagne les morts. Basmanof ne cessait pas de se tordre et disait: chantez d'une manière encore plus traînante, comme si vous mettiez en terre votre maître. C'est cela.—Mais pourquoi mon âme ne veut-elle pas quitter son enveloppe? Mon heure ne serait-elle pas encore venue? Est-il écrit que je doive encore me traîner ici-bas? S'il faut vivre, eh bien, vivons! s'écria-t-il tout-à-coup et les chanteurs, accoutumés sans doute à ces transitions, attaquèrent un chant de danse.
—Vivement, criait Basmanof et, prenant deux coupes d'argent, il se mit à battre avec elles la mesure. Plus vite, mes faucons, plus vite, enfants du diable, je vous apprendrai, brigands!…