—Parle! s'écria Viazemski, en saisissant le meunier par la gorge et en le traînant vers la roue, parle, que disiez-vous de moi?

Et il poussait le vieillard jusque sous la roue.

—Mon bienfaiteur, lui dit le meunier, je te dirai tout, laisse-moi seulement le temps de faire pénitence.

—Pourquoi Basmanof est-il venu te trouver?

—Pour avoir des herbes. Je savais que tu étais là, je savais que tu pouvais tout entendre; c'est pour cela que j'ai parlé plus haut afin que tu ne pusses pas ignorer que Basmanof cherchait ta perte.

Viazemski repoussa le meunier du gouffre. Le vieillard comprit qu'il avait essuyé son premier feu.

—Comme tu es donc colère! dit-il en se relevant; je te répète que je savais que tu étais près; je t'attends depuis ce matin.

—Mais que désire donc Basmanof? demanda le prince d'un ton radouci.

Le meunier avait réussi à reprendre complétement ses sens.

—Vois, dit-il, en donnant à sa figure une expression de franchise, Basmanof se plaint de ce que le Tzar ne l'aime plus et que c'est toi, Godounof, et Maliouta, qui êtes seuls en faveur. Il a insisté pour que je lui donne du tirlitch afin que vous tombiez en disgrâce et qu'il rentre en faveur. Que pouvais-je faire? Il me mettait le couteau à la gorge, je ne pouvais lutter avec lui. Je lui ai donné une racine, mais une racine qui ne vaut rien, pour en être quitte. Il n'y a pas danger que je lui donne du tirlitch pour qu'il te remplace dans la faveur du Tzar.