—Que le diable l'emporte! dit avec indifférence Viazemski. Il m'importe peu que le Tzar l'aime ou non. Ce n'est pas pour cela que je suis venu ici. As-tu appris quelque chose sur la boyarine?

—Absolument rien, mon bienfaiteur. J'ai dit à tes courriers qu'il n'y a pas moyen de rien savoir. Je me suis donné bien de la peine. J'ai passé sept nuits de suite à regarder sous la roue. J'ai vu la boyarine dans la forêt, seule avec un vieillard; elle était bien triste, le vieillard cherchait à la consoler; puis l'eau s'est troublée et je n'ai plus rien aperçu.

—Avec un vieillard? C'était donc Morozof? son mari?

—Non, cela ne devait pas être son mari: Morozof est plus fort et ce n'était pas son costume. Celui-ci portait un caftan ordinaire et non de boyard; ce devait être un homme du commun.

Viazemski se mit à réfléchir. Vieillard! dit-il soudain, sais-tu ensorceler les sabres?

—Comment ne pas le savoir? mais qu'as-tu besoin, batiouchka, que le sabre tranche ou s'émousse au premier coup?

—Qu'il tranche, bien entendu!

—C'est qu'on peut aussi jeter un sort sur le sabre de l'adversaire afin qu'il s'émousse ou se brise…

—Je n'ai pas besoin de m'occuper du sabre de mon adversaire, mais du mien. Je dois me battre en champ clos et il faut absolument que je tue mon adversaire, tu entends.

—Je comprends, batiouchka, comment ne pas comprendre?