—Celui-là, répondit le gars en désignant du doigt le cheval de Morozof.

—Celui-là, et pourquoi celui-là?

—Pourquoi? parce qu'il est plus solide, répondit le gars nonchalamment.

Le joueur de tympanon partit d'un éclat de rire, mais en ce moment retentit la voix des hérauts d'armes.

—Orthodoxes, proclamaient-ils aux quatre coins du champ-clos, le jugement de Dieu va commencer entre le prince Athanase Viazemski et le boyard Droujina Morozof, par suite de plaintes portées pour coups et blessures, déshonneur et rapt. Orthodoxes, priez la très-sainte Trinité qu'elle accorde la victoire au bon droit!

La place devint muette, tous les spectateurs faisaient le signe de la croix; le boyard préposé à l'observation des règles du combat s'approcha du Tzar et lui dit:

—Ordonnes-tu, sire, de commencer le combat?

—Commencez! dit Ivan.

Le boyard, l'okolnitchi, les répondants, les avocats, les secrétaires se placèrent de côté. Le boyard fit un signe, les adversaires tirèrent leurs armes. Au second signe, ils devaient fondre l'un sur l'autre, mais, à l'extrême surprise de tous les spectateurs, Viazemski chancela sur sa selle et lâcha ses rênes. Il fût infailliblement tombé à terre si ses répondants et son conseiller ne fussent accourus et ne l'eussent pas aidé à descendre de cheval. Les hommes d'écurie s'empressèrent de retenir le cheval.

—Emmenez-le! dit Viazemski, en regardant autour de lui avec des yeux éteints, je me battrai à pied.