Voyant le prince descendu de cheval, Morozof en fit autant et donna sa monture aux écuyers; son conseiller lui présenta un grand bouclier en cuir garni de cuivre, préparé pour le cas où le combat aurait lieu à pied. Le conseiller de Viazemski lui apporta également un bouclier en fer oxydé avec des ornements en or. Mais le prince n'eut pas la force de passer son bras dans le bouclier; ses jambes se dérobaient sous lui et il serait tombé, si on ne l'eût pas soutenu.

—Qu'as-tu, prince? demandèrent d'une seule voix son répondant et son conseiller en le regardant attentivement, remets-toi; quitter l'arène équivaudrait à être battu!

—Otez-moi cette armure! dit Viazemski d'une voix étranglée. L'herbe m'étouffe!

Il jeta son casque, retira sa cotte de mailles et arracha de son sein le sachet qui contenait l'herbe bleue du marais.

—Sois maudit, sorcier! s'écria-t-il en jetant au loin ce sachet, sois maudit pour m'avoir trompé!

Droujina s'approcha de Viazemski avec son épée nue.

—Rends-toi, chien, dit-il en levant son épée, avoue ta félonie.

Les répondants et les conseillers s'interposèrent entre le prince et Morozof.

—Non! répondit Viazemski, et ses yeux reprirent leur première expression de méchanceté, il est encore trop tôt de me rendre. Tu m'as jeté un sort, vieux corbeau. Tu as plongé ton sabre dans l'eau sainte. Mais je me ferai remplacer et nous verrons alors qui aura le dessus.

Une dispute s'éleva entre les conseillers des deux parties; l'un affirmait que le jugement était prononcé en faveur de Morozof; l'autre soutenait qu'il ne pouvait y avoir de jugement puisqu'il n'y avait pas eu de combat.