Le Tzar avait remarqué le mouvement de Viazemski et s'était fait apporter le sachet qu'il avait jeté. Après l'avoir examiné avec curiosité et défiance, il appela Maliouta:
—Conserve cela, lui dit-il à voix basse. Et maintenant, dit-il à haute voix, qu'on m'amène Viazemski!
—Eh bien! Athanase, lui dit-il lorsqu'il se fut approché de lui, il paraît que tu n'es pas de taille à lutter avec Morozof?
—Sire, répondit le prince dont le visage était couvert d'une pâleur mortelle, mon adversaire m'a jeté un sort. En outre, depuis que j'ai été blessé, je n'ai pu endosser d'armure. Mes plaies se sont rouvertes; vois comme mon sang a percé ma cotte de mailles. Permets-moi, sire, d'appeler un amateur à ma place.
La demande de Viazemski était irrégulière. Celui qui ne voulait pas combattre en personne, devait le déclarer d'avance. Une fois dans l'arène, on ne pouvait plus se faire remplacer. Mais le Tzar avait en vue la perte de Morozof et y consentit.
—Appelle un amateur, dit-il, il se trouvera peut-être quelqu'un de plus vaillant que toi, mais, si personne ne se présente, Morozof aura eu raison et tu seras livré au bourreau.
On aida Viazemski à s'éloigner et, selon son désir, des crieurs parcoururent le long de la chaîne en criant:
—Qui veut, parmi les habitants de la Sloboda, de Moscou ou d'autres lieux, se mesurer arec Morozof? Qui veut se battre pour le prince Viazemski? Sortez, combattants volontaires, sortez pour Viazemski!
Mais tout faisait silence et personne ne se présenta.
—Venez, braves combattants, reprirent les crieurs. Le prince promet tout son patrimoine à celui qui tuera Morozof et, si c'est un homme du peuple, il lui donnera tout son or!