Personne ne répondait; tous savaient que la cause de Morozof était juste. Malgré toute sa haine pour Droujina, le Tzar allait prononcer le jugement en sa faveur, lorsqu'on entendit tout à coup des cris.
—Il vient un amateur!
Et Mathieu Khomiak apparut dans l'enceinte.
—Hoida! dit-il en faisant pirouetter son sabre en l'air. Approche, boyard, je représente Viazemski.
A la vue de Khomiak, Morozof, tenant toujours son glaive nu, s'adressa avec dépit aux régulateurs du combat:
—Je ne me bats pas, dit-il fièrement, avec un mercenaire. Il ne convient pas au boyard Morozof de se mesurer avec un valet d'écurie de Grichka Skouratof.
Et, remettant son glaive dans son fourreau, il s'approcha de l'estrade du Tzar.
—Sire, dit-il, tu as permis à mon adversaire de se faire remplacer; permets-moi donc aussi d'opposer un mercenaire à un mercenaire, ou fais remettre l'épreuve à un autre jour.
Quelque avide que fût Ivan Vasiliévitch de la perte de Morozof, sa demande était trop juste pour n'y pas faire droit. Le Tzar ne voulait pas montrer de la partialité dans un jugement de Dieu.
—Appelle un amateur, dit-il avec colère; si tu n'en trouves pas, bats-toi ou reconnais tes torts et marche au supplice.