Pendant ce temps, Khomiak se promenait le long de la chaîne en faisant tourner son sabre et en se moquant des spectateurs.—Voilà bien des corbeaux qui se sont réunis, disait-il, et il n'y a pas parmi vous un seul faucon! Personne de vous n'entrera donc en lice afin que je puisse essayer mon sabre et divertir le Tzar! Il paraît qu'à force de battre le blé, vous vous êtes démanché les bras! A force d'être étendus sur la paille, vous vous êtes enfoncé les côtes.

—Ah! démon, dit à demi-voix le joueur de tympanon, je te rosserais joliment si j'avais mon sabre! Regarde, dit-il à son camarade en le poussant, le reconnais-tu?

Mais celui-ci n'entendait pas; il avait la bouche ouverte et il semblait dévorer Khomiak des yeux.

—Eh bien! continua Khomiak, il paraît qu'il n'y a pas d'amateurs! Vous n'êtes que des mesureurs d'archines, des vendeurs de kalatches et de chiffons! qui veut se mesurer avec moi?

—Moi, dit subitement le gars et, saisissant à deux mains la chaîne, il la fit passer si vivement sur sa tête que les pieux qui la soutenaient faillirent tomber. Il se trouva ainsi dans l'arène, et semblait lui-même étonné de sa témérité.

—Qui es-tu? lui demanda le boyard préposé au champ-clos.

—Qui je suis? dit-il et, réfléchissant un peu, il sourit.

Le boyard répéta sa question.

—Mais Mitka, répondit-il candidement et comme s'il ne comprenait rien à cette question.

—Merci, mon gaillard, lui dit Morozof, merci de venir défendre le bon droit. Si tu as le dessus sur mon adversaire, je ne marchanderai pas ta récompense. On ne m'a pas complétement dévalisé; grâce à la bonté divine, il me reste encore assez pour te récompenser.