La situation de Khomiak, en face de l'instrument bizarre et de la force herculéenne de Mitka, était des plus critiques. Le peuple sympathisait évidemment avec ce dernier et commençait à railler Khomiak. La perplexité de l'écuyer récréait le Tzar; il jouissait de ce spectacle comme d'une chasse à l'ours et ordonna de commencer le combat.

Mitka leva son timon et se mit à le faire tournoyer au-dessus de sa tête, en s'approchant de Khomiak par une série de sauts obliques. C'est en vain que Khomiak s'efforçait de saisir une seconde favorable pour appliquer à Mitka un coup de sabre; il avait assez à faire pour éviter le terrible timon qui, décrivant de grands cercles autour de Mitka, le rendait invulnérable.

A l'extrême joie des assistants et au grand divertissement du Tzar, Khomiak ne tarda pas à reculer et à ne plus songer qu'à son salut; mais Mitka, pareil à un ours, le poursuivait de ses sauts obliques et ne cessait pas de faire siffler comme un ouragan le timon au-dessus de sa tête.

—Je t'apprendrai à voler les fiancées! répétait-il, de plus en plus animé, cherchant à atteindre Khomiak tantôt à la tête, tantôt aux jambes.

La sympathie des spectateurs pour Mitka commença à se manifester par des exclamations et ne tarda pas à se changer en enthousiasme.

—Oui, oui! criait le peuple, oubliant la présence du Tzar, arrange-le! courage, mon gaillard, venge Morozof et le bon droit!

Mais Mitka ne songeait nullement à Morozof.

—Je t'apprendrai à voler les fiancées! hurlait-il en continuant à faire tournoyer le timon et en poursuivant Khomiak, qui faisait des gambades désespérées pour esquiver l'effrayante massue. Les opritchniks qui gardaient la chaîne étaient souvent obligés, pour l'éviter, de se courber jusqu'à terre.

Soudain un coup sourd retentit et Khomiak, atteint au flanc, fut lancé à quelques sagènes et tomba lourdement à terre, les bras en croix.

Des cris de joie s'élevèrent de toutes parts.