Un jour qu'il faisait avec ses favoris (et Basmanof avec son père étaient du nombre) une de ses promenades habituelles dans les monastères, le Tzar, après avoir assisté à la messe, entra chez l'igoumène et daigna s'asseoir à sa table. Il était assis au réfectoire à la place d'honneur, sous les saintes images; tous ses favoris, sauf Maliouta qui ne faisait pas cette fois partie de la pieuse expédition, étaient adossés le long des murs; l'igoumène apportait, sur la table, avec force inflexions, du miel, diverses confitures, des jattes de lait fumant et des œufs frais. Le Tzar était en bonne veine; il goûtait de chaque plat, plaisantait avec affabilité, discourait sur les choses sacrées. Il était plus familier que jamais avec Basmanof, ce qui ne faisait qu'augmenter la confiance de celui-ci dans la vertu infaillible du tirlitch.
Tout à coup on entendit le pas d'un cheval.
—Féodor, dit le Tzar, vois un peu qui nous arrive là?
Basmanof n'avait pas eu le temps d'atteindre la porte lorsqu'elle s'ouvrit et Maliouta apparut. L'expression de sa figure était mystérieuse; une joie féroce brillait dans ses yeux.
—Entre, Maliouta, dit amicalement le Tzar, quelle nouvelle nous apportes-tu?
Maliouta franchit le seuil et, après avoir échangé un coup d'œil avec le Tzar, il se mit à honorer les saintes images.
—D'où viens-tu? demanda le Tzar, comme s'il ne se fût nullement attendu à le voir.
Mais Maliouta ne se pressait pas de répondre. Il salua le Tzar et s'approcha de l'igoumène.—Ta sainte bénédiction, mon père! lui dit-il en s'inclinant et en jetant en même temps un regard oblique sur Basmanof, qui fut subitement saisi d'un mauvais pressentiment.
—D'où viens-tu? répéta le Tzar en clignant de l'œil à Maliouta.
—De la prison, Sire, où j'ai fait subir la torture au sorcier.