—Eh bien? demanda le Tzar, en jetant sur Basmanof un regard à la dérobée.

—Il bredouille toujours, il est difficile de le comprendre. Cependant, lorsque nous nous sommes mis à lui briser les articulations, nous avons fini par comprendre ceci: «Viazemski n'était pas le seul qui me visitait; Féodor Basmanof est venu aussi, il m'a pris une herbe qu'il porte au cou.»

Maliouta lança de nouveau un regard oblique sur Basmanof.

Celui-ci n'avait plus figure humaine. Son arrogance avait complétement disparu.

—Père, dit-il en faisant un suprême effort pour paraître calme, le sorcier me calomnie pour se venger de ce que je l'ai dénoncé à ta Majesté.

—Et lorsque nous avons commencé à lui brûler la plante des pieds, continua Maliouta, il nous a déclaré que cette racine était nécessaire à Basmanof pour jeter un sort sur ta santé.

Ivan fixa sur Basmanof un regard qui le fit chanceler.

—Batiouchka Tzar, lui dit-il, comment peux-tu te fier aux radotages de ce meunier? Si je m'étais concerté avec lui, je ne te l'aurais pas dénoncé.

—Nous allons voir. Déboutonne ton caftan, nous allons voir ce que tu as au cou.

—Que voulez-vous que j'aie, sinon la croix et des médailles? dit Basmanof d'une voix qui avait perdu son assurance.