—Je n'en savais rien, Sire, Dieu m'en est témoin!

Ivan Vasiliévitch se tourna vers Maliouta.—Tu dis que le sorcier a avoué que Basmanof venait chez lui pour me jeter un sort?

—Oui, Sire.—Et Maliouta se tordit la bouche tout rayonnant du malheur de son ancien ennemi.

—Que veux-tu, Fedioucha, continua le Tzar en plaisantant, il faut te confronter avec le sorcier. On lui a déjà appliqué la question; il faut en goûter à ton tour, car sans cela on dira que le Tzar la fait subir aux paysans et ménage ses opritchniks.

Basmanof se traîna aux pieds d'Ivan.—Mon radieux soleil, s'écria-t-il, en saisissant le bas de la robe du Tzar, ne me perds pas. Souviens-toi comme je t'ai servi, comme je ne me suis refusé à aucun de tes caprices.

Ivan se détourna.

Basmanof au désespoir se précipita vers son père.—Mon père, dit-il à travers ses sanglots, suppliez le Tzar de m'accorder la vie! Qu'on me donne, non plus une robe de femme, mais un vêtement de fou! Je serai heureux de servir de bouffon à Sa Majesté!

Mais le vieux Basmanof était inaccessible même au sentiment de la paternité. Il craignait, en venant au secours de son fils, de tomber lui-même en disgrâce.—Arrière, dit-il en repoussant son fils, arrière, impur! Celui qui conspire contre le souverain n'est plus mon fils! va où t'envoie Sa Majesté!

—Saint igoumène, hurla Basmanof en se traînant des genoux de son père vers le moine, saint igoumène, intercédez pour moi!

Mais l'igoumène était lui-même plus mort que vif; il tenait ses yeux attachés à la terre et tremblait de tous ses membres.