—J'ignore, répondit tranquillement Sérébrany, il se peut qu'on m'ait vu, je ne me cachais pas, je me suis dirigé droit vers ta demeure, car je sais que tu ne penches pas vers les opritchniks.

Le front de Godounof se rida.

—Boris Féodorovitch, ajouta Sérébrany avec confiance, je ne suis pas d'ailleurs seul: j'ai avec moi deux cents aventuriers de Rézan.

—Qu'as-tu fait, prince? exclama Godounof.

—Ils sont restés à la barrière, continua Sérébrany. Nous apportons tous nos têtes au Tzar; qu'il nous supplicie ou nous gracie selon son bon plaisir!

—J'ai appris, prince, comment tu as battu avec eux les Tatars, mais sais-tu ce qui depuis lors s'est passé à Moscou?

—Je le sais, répondit amèrement Sérébrany. En venant ici, j'espérais que c'en était fini avec les opritchniks et je vois que les affaires sont encore plus tristes qu'auparavant. Que Dieu pardonne au Tzar! mais n'as-tu pas conscience, Boris, de voir tout cela sans rien dire?

—Ah! je vois que tu es toujours resté le même! Que puis-je lui dire? crois-tu qu'il m'écouterait?

—Quand même il ne t'écouterait pas, ton devoir est toujours de lui dire la vérité. Qui veux-tu qui la lui dise, si ce n'est toi?

—Tu t'imagines qu'il ne la connaît donc pas? tu crois donc qu'il ajoute réellement foi à toutes les dénonciations qui font rouler tant de têtes?