Quelques-uns hésitèrent, la majorité s'écria: Nous serons heureux de servir ta Majesté comme elle l'entendra!

—Qu'en penses-tu? dit Ivan d'un air satisfait à Sérébrany, feront-ils de bons soldats?

—Ils feront de bons soldats, Sire, seulement ne les enrôle pas dans les opritchniks.

Le Tzar crut que Sérébrany ne les jugeait pas dignes d'un tel honneur.—Lorsque je gracie, dit-il solennellement, je ne le fais pas à demi.

—Mais ce n'est pas gracier cela! repartit Nikita malgré lui.

Ivan le regarda avec étonnement.

—Sire, continua-t-il non sans quelque embarras, ils ont fait une bonne action; sans eux, les Tatars allaient peut-être s'emparer de Rézan.

—Mais alors pourquoi ne pas en faire des opritchniks? demanda le Tzar en fixant sur le prince son regard perçant.

—Parce que, balbutia Sérébrany, cherchant vainement quelques expressions qui pussent atténuer sa pensée, parce que, quelque tristes gens qu'ils soient, ils valent cependant mieux que tes mercenaires.

Cette hardiesse spontanée confondit Ivan. Il se souvint que ce n'était pas la première fois que Sérébrany lui parlait avec cette grande et surprenante franchise. Cependant, le prince, condamné à mort, était revenu de son plein gré à la Sloboda se livrer complétement à la merci du Tzar. On ne pouvait l'accuser d'insubordination; le Tzar ne savait plus comment interpréter cette insolente sortie lorsqu'un nouveau personnage attira son attention.