—La sœur Eudoxie, dit à demi-voix Michée qui craignait de raviver les douleurs de son maître en prononçant trop distinctement ce nom. Tu me connais, car j'ai été ici il n'y a pas longtemps.
—Je ne puis te connaître, répondit la sœur, car je ne suis chargée que de ce matin de la porte où était auparavant sœur Agnès… Et la nonne considérait avec crainte les arrivants.
—Cela ne fait rien, continua Michée, laisse-nous entrer. Informe l'abbesse que le prince Nikita Romanovitch Sérébrany est arrivé.
La portière jeta un regard craintif sur Sérébrany, fit un pas en arrière et ferma brusquement le judas. On l'entendit s'éloigner précipitamment en murmurant: Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous!
—Que signifie cela? pensa l'écuyer. Pourquoi a-t-elle peur de mon maître?
Il regarda le prince et comprit que son armure couverte de poussière, son habit déchiré par les ronces, ses yeux inquiets et hagards avaient pu effrayer la religieuse. L'expression de la figure de Nikita avait tellement changé que Michée lui-même n'aurait pas reconnu son maître s'il n'était arrivé avec lui.
Au bout de quelque temps, on entendit de nouveau le pas de la portière.
—Veuillez ne pas nous en vouloir, dit-elle en tremblant à travers la porte, notre abbesse ne peut pas vous recevoir maintenant; venez plutôt demain après matines.
—Je ne puis attendre! s'écria Sérébrany, et d'un coup de pied, il enfonça la clôture et entra dans la cour. Il se trouva en face de l'abbesse presqu'aussi pâle que lui-même.
—Au nom du Christ notre Sauveur, dit-elle d'une voix tremblante, arrête-toi… je sais pourquoi tu es venu… mais Dieu punit ceux qui perdent les âmes et le sang innocent retombera sur ta tête!