—N'aie pas peur, mon enfant, dit l'abbesse d'un ton caressant; c'est quelqu'un que tu connais, un ami de ton défunt époux qui est venu exprès pour prendre congé de toi.
Hélène ne put répondre. Elle tremblait et regardait avec frayeur le prince. Tous deux demeurèrent longtemps silencieux.
—C'est ainsi, dit enfin Sérébrany, que nous étions destinés à nous revoir!
—Nous ne pouvions nous revoir autrement, dit à peine intelligiblement Hélène.
—Pourquoi ne m'as-tu pas attendu, Hélène Dmitriévna?
—Si je t'avais attendu, murmura-t-elle, je n'aurais pas eu assez de force… tu ne m'aurais pas laissée… j'en ai bien assez comme cela à me reprocher…
Nouveau silence. Le cœur de Sérébrany battait violemment.—Hélène Dmitriévna, dit-il d'une voix entrecoupée par l'émotion, je viens te faire un éternel adieu. Laisse-moi voir une dernière fois tes yeux, lève ton voile.
Hélène souleva de sa main amaigrie le voile noir qui couvrait le haut de son visage et le prince revit ses yeux calmes mais rougis par les larmes, voilés par l'insomnie et la souffrance.
—Adieu, Hélène, s'écria-t-il, adieu pour toujours! Dieu veuille me faire oublier que nous aurions pu être heureux!
—Non, Nikita Romanovitch, dit tristement Hélène, le bonheur n'a pas été fait pour nous. Le sang de Droujina Andréevitch nous en sépare. Je suis cause qu'il est tombé en disgrâce, qu'il est mort. Jamais nous n'aurions pu être heureux. Et qui est-ce qui peut l'être maintenant?