—C'est que vous n'avez trouvé personne à dévaliser sur la route de Sibérie, dit Ivan mécontent de l'insistance de l'ataman. Je vois que tu n'oublies rien de ce dont vous avez besoin, mais notre faible esprit y a également pourvu. Les vêtements vous seront fournis par les Strogonof, et moi j'ai fixé des traitements pour les chefs et les soldats. Et afin que toi, qui conseilles si bien, tu ne manques de rien, je te gratifie d'une pelisse de ma propre garde-robe.
A un signe du Tzar, deux stolniks apportèrent une riche pelisse, couverte d'un brocart d'or et en revêtirent l'ataman.
—Je vois que ta langue est bien aiguisée, mais as-tu, dit Ivan, un sabre qui le soit aussi?
—J'en avais un, Sire, qui n'était pas mauvais, mais je l'ai quelque peu ébréché sur les crânes des Sibériens.
—Prends dans ma salle d'armes le plus beau sabre que tu pourras trouver, ne te gêne pas, choisis-en un à ton gré; je crois, du reste, que je n'ai pas besoin de te recommander de ne pas te gêner.
Les yeux de l'ataman brillèrent de joie.—Père, s'écria-t-il, de toutes les faveurs celle-ci est la plus grande! Ce serait un péché de se faire prier lorsqu'il s'agit d'un pareil don. Je te promets de prendre le plus beau de tes sabres.—Mais, Sire, ajouta Koltzo après un moment de réflexion, du moment que tu fais le sacrifice du meilleur sabre, permets-moi de le porter de ta part à Iermak.
—Ne t'inquiète pas de lui, je ne l'oublierai pas. Mais si tu crains que je ne sache pas le contenter, choisis deux sabres, l'un pour toi, l'autre pour Iermak.
—Que Dieu te prête longue vie! s'écria Koltzo enthousiasmé. Sois sûr que ces deux sabres travailleront pour toi.
—Mais les sabres ne suffisent pas, reprit Ivan, il faut encore de bonnes armures. Je saurai bien en trouver de ta taille; mais, n'ayant pas vu Iermak, je pourrais me tromper. De quelle taille est-il?
—Mais à peu près de la mienne, seulement il a les épaules plus larges. Tiens, il est à peu près de la taille de ce gars, dit Koltzo, en désignant un de ses compagnons, solide gaillard qui, après avoir apporté une masse d'armes et l'avoir jetée par terre, se tenait derrière cet amas de ferrailles, bouche béante, en extase devant le costume du Tzar et celui des courtisans qui environnaient le trône. Il avait même essayé d'entrer en conversation avec l'un d'eux pour savoir s'ils n'étaient pas tous des Tzarévitchs, mais le courtisan le regarda d'un air tellement rébarbatif qu'il n'osa pas lui renouveler sa question.