—Qu'on m'apporte la grande armure, ordonna le Tzar, celle qui est surmontée d'un aigle et se trouve à la place d'honneur; nous allons l'essayer sur ce lourdaud.
On apporta une lourde cotte de mailles avec une garniture de cuivre autour du cou, des manches et des pans, ornée d'une aigle dorée à deux têtes, sur la poitrine et sur le dos. La cotte était forgée en perfection et provoqua un murmure d'admiration dans l'assemblée.—Essaie-la, marsouin, dit le Tzar.
Le gars obéit, mais, malgré tous ses efforts, il ne put y entrer: ses bras ne parvinrent qu'à la moitié des manches.
A cette vue, un vague souvenir se réveille dans la mémoire d'Ivan.
—Assez, dit Koltzo qui suivait d'un œil attentif les efforts de son compagnon, tu vas, satané ours, faire crever la cotte de mailles du Tzar.
Et se tournant vers celui-ci, il lui dit: Sire, l'armure est excellente et ira comme un gant à Iermak; si ce gaillard ne peut y entrer, c'est qu'il a les poings trop forts; il n'y a que lui pour avoir des poings pareils.
—Montre-moi tes poings, dit Ivan, en l'examinant avec curiosité.
Le gaillard regarda le Tzar d'un air indécis, comme s'il ne comprenait pas ce qu'on lui demandait.
—Entends-tu, imbécile, répéta Koltzo, montre ton poing au Tzar.
—Et s'il me fait couper la tête pour cela? répondit le gars d'une voix traînante, avec un visage exprimant une terreur idiote.