A cette naïveté tous les assistants partirent d'un éclat de rire.
—Je suis fort sensible à ce souvenir, repartit Ivan, mais dis-moi comment t'es-tu pris pour faire prisonnier Mametkoul?
—Je me suis étalé sur lui, répondit Mitka, ne concevant pas pourquoi tout le monde se remettait à rire.
—Oui, dit Ivan en regardant Mitka, lorsqu'un pareil ours se couche sur quelqu'un, il ne doit pas être aisé de s'en dégager. Je me souviens comment il a écrasé Khomiak. Mais, dis-moi, comment as-tu quitté alors si brusquement la Sloboda et es-tu parvenu en Sibérie?
L'ataman poussa Mitka du coude pour l'engager à la prudence, mais celui-ci interpréta ce signe dans un sens tout opposé.
—C'est lui qui m'a emmené, dit-il, en montrant l'ataman du doigt.
—Ah! c'est lui qui t'a emmené! répéta Ivan en se tournant avec étonnement du côté de Koltzo. Comment cela se fait-il donc? tu viens de m'assurer que tu n'as jamais été dans ces parages! mais, Dieu me pardonne; il me semble aussi que nous sommes d'anciennes connaissances. N'est-ce pas toi qui m'as raconté la Légende des pigeons! c'est bien cela, je te remets parfaitement. C'est aussi toi qui as enlevé Sérébrany de la prison. Dis-moi donc, homme de Dieu, comment as tu vécu depuis? quels pèlerinages as-tu fait? devant quelles reliques t'es-tu agenouillé?
Jouissant de l'embarras de Koltzo, le Tzar dardait sur lui son regard investigateur et perçant.
Koltzo avait les jeux attachés à terre.
—Ce qui est fait est fait, dit enfin le Tzar, ce qui est passé est couvert par l'herbe qui a poussé dessus. Dis-moi seulement pourquoi n'es-tu pas venu à la Sloboda avec les autres brigands après la bataille de Rézan?