—Sire, répondit Koltzo en appelant tout son courage à son secours, à ce moment je n'avais pas encore mérité ta clémence. J'avais honte de me présenter devant toi. Lorsque le prince Nikita t'amena mes compagnons, je retournai retrouver Iermak au Volga dans l'espoir de t'être un jour utile.

—Et en attendant tu t'es amusé à piller les barques qui transportaient mon trésor et à arrêter les ambassadeurs de Kizilbek qui venaient à Moscou.

L'expression de la figure d'Ivan était plutôt moqueuse que sévère. Depuis l'insolente tentative de Persten ou de Koltzo, dix-sept années s'étaient écoulées; la rancune du Tzar ne durait pas si longtemps lorsqu'elle n'était pas tenue en éveil par son amour-propre. Koltzo lut sur sa figure le désir de se récréer de son embarras; il baissa la tête, se gratta la nuque, retenant sur ses lèvres un sourire involontaire et répondit à demi-voix:—Il y a du vrai dans tout cela, Sire, je suis bien coupable devant toi.

—C'est bien, dit Ivan. Iermak et toi vous avez racheté vos fautes et je veux les oublier; mais, si je t'avais tenu alors, tu aurais passé un mauvais quart d'heure…

Koltzo ne répondit rien; il se contenta de dire en lui-même: «c'est précisément pour cela que je me suis dispensé de me présenter devant toi, grand monarque.»

—Mais voyons, dit Ivan, ton ancien ami doit être ici? Dites-donc, continua-t-il en s'adressant aux courtisans, est-il ici ce chef d'aventuriers? j'ai déjà oublié son nom… ah! oui, Nikita Sérébrany.

Un murmure parcourut la foule, il se fit un mouvement mais personne ne sortit des rangs.

—Vous entendez, répéta Ivan en haussant la voix, je demande s'il est ici ce Nikita Sérébrany qui m'avait demandé d'aller à Jizdra avec les voleurs?

A cette seconde question du Tzar s'avança un vieux boyard qui avait été autrefois voiévode de Kalouga.

—Sire, dit-il avec un profond salut, celui que tu demandes n'est pas ici. Il a été tué par les Tatars avec tout son détachement l'année même qu'il est allé à Jizdra.