—Vraiment? fit Ivan, je l'ignorais. Et moi qui voulais vous présenter l'un à l'autre, continua-t-il en s'adressant à Koltzo, pour voir comment vous vous seriez embrassés!
Une profonde tristesse se peignit sur la figure expressive de l'ataman.
—Tu regrettes ton confrère, dit Ivan en ricanant.
—Oui, sire, je le regrette vivement, répondit Koltzo, sans se soucier de l'impression que cette réponse pouvait produire sur le Tzar.
—C'est juste, dit Ivan avec dédain, cela ne pouvait être autrement: qui se ressemble, s'assemble.
Il eût été difficile de dire si Ivan ignorait réellement la mort de Sérébrany ou s'il en faisait semblant, afin de prouver à quel point il se préoccupait peu de ceux qui ne recherchaient pas ses faveurs; toujours est-il qu'il ne manifesta aucun signe de regret en apprenant cette nouvelle: son visage resta impassible et indifférent.
—Reste quelque temps avec nous, dit-il à Koltzo; lorsque le prince Bolkhovski sera prêt, vous partirez ensemble pour la Sibérie. Mais j'oublie que Bolkhovski prétend descendre de Rurik. Il n'est pas facile d'en venir à bout avec tous ces princes; ils finiront par prétendre se mesurer avec moi en généalogie! Tout le monde ne ressemble pas à Nikita qui a sollicité le titre d'aventurier. Aussi, afin que Bolkhovski ne se sente pas humilié de servir sous les ordres d'un ataman de Kosaques, j'élève dès aujourd'hui Iermak à la dignité de prince de Sibérie. Chichelkalof, dit le Tzar en s'adressant à un conseiller qui se tenait près du trône, prépare le rescrit qui investit Iermak du commandement suprême de toute la Sibérie, et quant à Mametkoul, qu'on l'amène à Moscou sous bonne escorte. Tu prépareras aussi les rescrits par lesquels j'octroie aux Strogonof pour leurs bons et utiles services: à Simon, les grandes et petites salines du Volga, à Nikita et à Maxime, le monopole et la franchise du commerce dans toutes les frontières et dans toutes les villes du royaume nouvellement conquis.
Les Strogonof saluèrent profondément le Tzar.
—Qui de vous, leur demanda-t-il, a guéri Boris du coup de bâton ferré que j'ai daigné lui appliquer?
—C'était mon frère aîné, Grégoire Anikine, répondit Simon; Dieu l'a appelé à lui l'an dernier.