—Pas Anikine, mais Anikiévitch, dit Ivan en appuyant sur la dernière syllabe; j'avais ordonné alors qu'il fut élevé d'un rang au dessus du commerçant et qu'il portât la syllabe patrimoniale complète. Je vous octroie à tous le droit d'ajouter le vitch à votre nom patrimonial et vous enjoins de ne plus vous regarder comme des marchands, mais comme des gens de bonne maison.
Le Tzar passa l'inspection des pelleteries et autres présents envoyés par Iermak, puis il congédia Koltzo, après l'avoir encore plaisanté d'une manière très-bienveillante. Et peu à peu l'assemblée se dispersa.
Le même jour Koltzo dînait avec tous les Strogonof en brillante et nombreuse compagnie. Après avoir vidé des coupes à la santé du Tzar, du Tzarévitch, de toute la famille régnante et du métropolite, Godounof leva sa coupe d'or et proposa un toast à Iermak et à ses vaillants compagnons.
—Qu'ils vivent longtemps pour la gloire de la Russie! s'écrièrent tous les convives en se levant et en saluant Ivan Koltzo.
—Nous te saluons au nom du monde chrétien, dit Godounof avec un profond salut, et en ta personne nous saluons Iermak au nom de tous les princes et boyards, au nom de tous les commerçants, au nom de la Russie tout entière! Recevez l'expression de la reconnaissance de toute la nation russe pour l'éminent service que vous lui avez rendu.
—Que vos noms traversent les siècles! s'écrièrent les assistants, qu'ils vivent glorieux et admirés dans la mémoire de nos fils et de toute notre descendance, comme un exemple de l'amour de la patrie!
L'ataman se leva pour remercier de l'honneur qu'on lui faisait, mais sa physionomie expressive éprouva un changement subit. Son émotion était telle que ses lèvres tremblaient et, pour la première fois peut-être de sa vie, ses yeux hardis et brillants se voilèrent de larmes.
—Vive la nation russe! dit-il à demi-voix.
Et, après avoir salué toute l'assistance, il se rassit silencieux à sa place.
Godounof pria l'ataman de faire le récit de ses aventures en Sibérie. Koltzo, omettant de parler de lui-même, se mit à raconter avec une grande animation les traits de bravoure inouïs d'Iermak, en faisant valoir sa grande justice et sa bonté toute chrétienne envers ses ennemis vaincus.