Hélène, d'une voix entrecoupée par ses larmes, raconta comment Viazemski la persécutait, comment le Tzar se mit en tête de la livrer à son favori, comment, le désespoir dans l'âme, elle se confia au vieux Morozof. Interrompant son récit par des sanglots, elle s'accusa de sa trahison involontaire, reconnut qu'elle aurait dû plutôt attenter elle-même à sa vie que d'en épouser un autre, et elle maudit sa faiblesse.
—Tu ne peux plus m'aimer, prince, dit-elle, le sort ne l'a pas permis! mais promets-moi que tu ne me maudiras pas; dis-moi que tu pardonnes ma faute énorme.
Le prince écoutait, les sourcils froncés, mais ne répondait rien.
Nikita Romanovitch, murmura Hélène d'une voix craintive, pour l'amour de Dieu, dis-moi un seul mot!
Et elle fixait sur lui des yeux pleins de terreur et d'attente; toute son âme s'était réfugiée dans son regard suppliant.
Une lutte terrible avait lieu dans l'âme de Sérébrany.
—Boyarine, dit-il à la fin et sa voix tremblait, la volonté de Dieu est visible dans tout ceci… tu n'es pas aussi coupable… non tu n'es pas coupable… je n'ai rien à te pardonner, Hélène, je ne te maudis pas—Dieu m'en est témoin. Non! j'ai pour toi le même sentiment qu'autrefois.
Ces mots échappèrent au prince, pour ainsi dire, malgré lui.
Hélène poussa un cri, sanglota et s'élança derrière la haie.
Au même instant le prince se dressa sur ses étriers et se cramponna au faîte de la clôture. Hélène, de son côté, était déjà montée sur un banc. Sans réflexion, sans s'en rendre compte, ils furent si près l'un de l'autre, que leurs mains se touchèrent…