—Pardonne, boyard, pardonne une parole irréfléchie, mais ce ne serait que retarder et non éviter mon sort.

—Si tu restais chez moi, Nikita, peut-être la colère du Tzar aurait-elle le temps de se calmer, peut-être pourrions-nous avec l'aide du métropolite arranger ton affaire, mais maintenant tu vas tomber comme de la poix sur un charbon.

—Notre vie est dans les mains de Dieu, boyard. Il est impie de chercher par la ruse à la prolonger au delà du terme marqué par lui. Merci pour ton hospitalité, ajouta Sérébrany en se levant;—merci pour ton amitié (en disant ces derniers mots il se troubla), mais j'irai. Adieu Droujina Morozof.

Morozof regardait le jeune homme avec une triste sympathie; il était évident qu'au fond de son âme il l'approuvait, et qu'il n'eût pas agi autrement s'il eût été à sa place.—Eh bien! que la bénédiction du ciel soit sur toi, Nikita, dit-il en se levant de son siége et en pressant le prince contre sa poitrine.—Que Dieu adoucisse le cœur du Tzar! reviens intact de la Sloboda comme l'enfant de la fournaise et que je puisse t'embrasser alors comme je le fais maintenant de tout mon cœur et de toute mon âme.

Il y a un proverbe qui dit: on accompagne le piéton jusqu'à la porte, le cavalier jusqu'à son cheval. Le prince et le boyard se séparèrent à l'entrée de la rue. Il faisait déjà obscur. En passant le long de la palissade, Sérébrany aperçut dans le jardin un vêtement blanc. Son cœur battit, il arrêta son cheval. Hélène s'avança vers lui.

—Prince, dit-elle à voix basse,—j'ai entendu ta conversation avec Droujina, tu vas à la Sloboda… Que Dieu te vienne en aide! tu vas à la mort.

—Hélène! si c'est la volonté de Dieu, j'y suis résigné. Ce n'est pas pour mon bonheur que je suis revenu dans mon pays, je n'ai pu t'obtenir. Que mon sort s'accomplisse!

—Prince, ils te tortureront, j'en frissonne! mon Dieu, la vie t'est-elle donc si indifférente?

—Je n'y tiens plus, dit Sérébrany.

—Sainte Vierge! Si tu n'as pas pitié de toi, aie pitié des autres! aie pitié de moi, Nikita! Souviens-toi du passé.