Le prince se leva et, suivant la coutume, s'inclina profondément.

Alors tous ceux qui étaient à la même table que le prince se levèrent pareillement et saluèrent Sérébrany, en signe de félicitation pour la faveur que le Tzar lui avait faite. Le prince rendit à chacun un salut particulier.

Pendant ce temps, le maître d'hôtel retournait vers le Tzar et lui disait après un salut profond:

—Grand souverain! Nikita, s'étant levé, a reçu le plat et te rend hommage.

Quand les cygnes furent mangés, les serviteurs sortirent deux à deux de la salle et revinrent avec trois cents paons rôtis dont les queues déployées se balançaient au-dessus des plats en forme d'éventails. Après les paons vinrent les pâtés de poisson, les pâtés de volailles, des pâtés de viande, cuite et crue, des beignets de toutes sortes et différents gâteaux. Pendant que les convives mangeaient, les serviteurs remplissaient les coupes d'hydromel, de vin de cerises, de jus de groseilles, ou de genièvre. D'autres versaient des vins étrangers: du Romanée, du vin du Rhin, du Muscatelle. Des maîtres d'hôtel circulaient entre les tables, surveillant de tous côtés le service.

En face de Sérébrany était assis un vieux boyard contre lequel, disait-on, le Tzar avait une rancune. Le boyard savait qu'il avait déplu, mais il ne savait pas comment, et il attendait tranquillement son sort. Au grand étonnement de tous, le grand échanson Théodore Basmanof lui apporta, de ses propres mains, une coupe de vin.

—Vasili—lève-toi! dit Basmanof.—Sa Majesté te fait l'honneur de t'envoyer cette coupe.

Le vieillard se leva, s'inclina vers Ivan et but. Basmanof en retournant auprès du Tzar, lui dit:—Vasili, s'étant levé, a bu la coupe, il te baise les mains.

Tous se levèrent et saluèrent le vieillard; chacun s'attendait à lui voir rendre les saluts, mais le boyard resta immobile, sa respiration était difficile, il tremblait de tous ses membres. Tout à coup ses yeux se remplirent de sang, son visage devint bleu et il roula à terre.

—Le boyard est ivre, dit Ivan Vasiliévitch, qu'on l'emporte!—Un murmure parcourut l'assemblée, les boyards des provinces s'entre-regardèrent, puis baissèrent les yeux sur leurs assiettes sans oser proférer une parole.