Viazemski écoutait avidement les paroles du Tzar. Elles tombaient dans son âme comme des étincelles sur des gerbes de paille sèche, la passion brûlait dans son sein, ses yeux lançaient des flammes.

—Athanase, continua le Tzar, je vais ces jours-ci, en pèlerinage à Souzdal; tu iras, pendant mon absence, à Moscou trouver le boyard Droujina Morozof; demande-lui des nouvelles de sa santé et dis-lui que je t'ai envoyé le relever du ban dont je l'avais frappé… prends, ajouta-t-il d'un ton significatif, prends avec toi quelques opritchniks pour lui faire plus d'honneur!

Sérébrany vit de sa place le visage de Viazemski s'enflammer, une joie sauvage se répandre sur ses traits, mais il n'entendit pas les paroles échangées entre le prince et Ivan Vasiliévitch.

S'il eût deviné ce qui causait la joie de Viazemski, il eût oublié la présence du Tzar et, arrachant des murs un sabre tranchant, il eût fendu la tête du prince. Nikita eût péri à son tour. Mais il fut sauvé, cette fois encore, par le bruit des timbales, le bourdonnement des cloches et le murmure des conversations. Il ne sut pas ce qui rendait Viazemski si joyeux.

Enfin Ivan se leva. Tous les courtisans bourdonnèrent comme des abeilles regagnant leur ruche, et ceux qui pouvaient se tenir sur leurs jambes, s'approchèrent du Tzar pour recevoir des prunes sèches qu'il distribuait aux frères de sa propre main.

En ce moment, un opritchnik, dans un costume qui n'était pas celui des convives, pénétra à travers la foule et murmura quelque chose à l'oreille de Maliouta Skouratof.

Maliouta bondit et la rage se peignit sur son visage. Son mouvement n'échappa pas au regard perçant du Tzar qui demanda ce dont il s'agissait.

—Majesté! s'écria Maliouta, une chose incroyable! Une trahison, une révolte ouverte contre ta personne souveraine!

Au mot de trahison, le Tzar pâlit et ses yeux étincelèrent.

—Majesté, continua Maliouta, il y a quelques jours, j'ai envoyé dans les environs de Moscou un détachement pour observer comment les Moscovites observent tes usages impériaux. Un boyard inconnu, suivi de ses vassaux, est tout à coup tombé sur les hommes du détachement. Beaucoup ont été tués et mon écuyer a été grièvement blessé. Il est ici, aux portes du palais, fais-le appeler.