Ivan jeta un regard sur les opritchniks et lut sur tous les visages la colère et l'indignation. Alors ses traits prirent une étrange expression de plaisir et il dit d'une voix tranquille:—Qu'on l'appelle!

Aussitôt la foule se sépara et Mathieu Khomiak, la tête enveloppée, entra dans la salle.

CHAPITRE IX
LE JUGEMENT.

Khomiak n'avait pas lavé le sang de son visage; au contraire il en avait ensanglanté à dessein le bandage qui recouvrait sa blessure afin que le Tzar vît comment on avait traité son fidèle serviteur.

En approchant d'Ivan il se jeta à ses pieds et attendit à genoux la permission de parler.

Tous les regards étaient fixés avec curiosité sur Khomiak. Le Tzar rompit le premier le silence.

—Contre qui portes-tu plainte? Comment a eu lieu l'affaire? Raconte avec ordre.

—Contre qui je porte plainte, je ne le sais pas moi-même, Tzar très-orthodoxe! Il ne m'a pas dit son nom, le fils de chien. Mais je viens demander justice à ta Majesté contre un inconnu qui traîtreusement nous a attaqués et écrasés.

L'attention générale redoubla. Chacun retint sa respiration. Khomiak continua:

—Nous arrivions au village de Medvedevka, quand tout à coup les maudits, sortant on ne sait d'où, se sont jetés sur nous, nous ont accablés d'une grêle de coups de sabre; dix hommes ont été tués, les autres ont été garrottés et leur boyard, le coquin! voulait tous nous pendre. Il a fait mettre en liberté deux brigands que nous avions arrêtés.